+Nature Le roman

 

Nous vous présentons quelques randonnées. Si vous êtes adepte vous retrouverez probablement des ambiances. Si vous ne l'êtes pas encore peut-être le deviendrez-vous. Dans tous les cas nous essayons de vous transmettre des sensations sur les régions parcourues.

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  L'Auvergne :
De : A. Guirado
Publié le : 16/06/2001

La chanson dit "Toi l'Auvergnat qui sans façon …". Forts de ce bagage culturel y avons vu un renseignement d'ordre pratique voire touristique et essayé de le vérifier. Nous sommes donc partis cet été 93 sur les sentiers auvergnats.

Premier jour arrivé à Clermont-Ferrand par le train. Coup de frais estival sur la capitale auvergnate la température descend à 15° en plein après-midi. Débarqués fraîchement de notre Côte d'Azur où les 28° sont de rigueur nous avons sorti, en randonneurs prévoyants, nos blousons d'hiver...

Une heure après nous décidons, bien qu'il soit 16 heures passées, de nous mettre en route. La température est basse mais le temps semble propice au soleil..

Sorti de Clermont-Ferrand par Chamalières et Royat. Il faut récupérer le GR4 au pied du Puy de Dôme et prendre plein sud droit devant. Nous sommes sur la route depuis quelque temps quand le temps tourne à l'averse puis au déluge. Pour cette randonnée d'été comme nous l'avons dit nous comptons vérifier l'hospitalité des gîtes et hôtels. Donc nous voyageons léger, juste une tente d'été au cas où..

Cette départementale aux allures de nationale n'en fini pas. Le déluge s'est installé. Nous sommes en plein juillet avec nos blousons et nos ponchos rasés par les voitures, et la températures descend. Le soir tombe. Après conciliabule nous rebroussons chemin pour trouver un abri nocturne à Royat ou Chamalières. Retour donc, un soir sous la pluie et, pour faire hommage à Brassens sûrement, nous faisons déjà connaissance avec les croquants et les croquantes. Sur ces deux villes contiguës (quartiers), apparemment peut-être est-ce dû à notre apparence "trempés sous la pluie" aucun ne semble disposé à nous accepter parmi leurs clients curistes et, vu notre aspect dégoulinant, nous les comprenons..

A force d'errance dans ces deux villes quartiers, la chanson de Brassens résonnant dans les rues désertes, nous sommes arrivés devant un panneau indiquant la gare de Royat Chamalières. En se disant qu'avec un gare il y a souvent un hôtel nous tentons notre chance décidés à profiter en dernier lieu de l'abri de la gare. Il y avait bien un hôtel datant du temps de l'apogée de la ligne de train avant l'avènement de l'automobile. Et là nous nous sommes réconciliés avec le pays. A l'inverse de beaucoup d'autres, cet hôtel était exceptionnellement peu chère et il y avait de la place. Bizarre ! Les deux patrons nous ont fait un accueil des plus chaleureux. Et, quand ils ont su que nous nous préparions à traverser l'Auvergne à pied, nous avons été soignés aux petits oignons. .

Le soir même la pluie a cessé et le climat s'est radoucie. Le lendemain départ, au passage de Royat une station thermale à l'architecture du siècle dernier accueillait des curistes logeant probablement dans les hôtels alentours. Deux jeunes filles avec forces sourires distribuaient des verres d'eau de la source coulant dans une vasque. Être là méritait bien de goûter de cette eau. Aussi en avons nous demandé bien poliment à l'hôtesse officiant, après avoir déposé nos sacs. .

Il nous a été répondu que ce n'était en aucun cas possible ! Nous avons bien sur proposer de régler bien qu'aucun prix ne soit affiché. NON, rien à faire. Après avoir demandé s'il n'y avait pas un malentendu, la seule réponse cohérente que nous avons pu recueillir est qu'il fallait une ordonnance médicale pour pouvoir boire de cette eau !!! Alors plutôt que de se mettre à la recherche d'un improbable médecin qui nous prescrive une ordonnance agrée Sécu nous avons repris la route. .

C'est le pays de l'eau, mais dans les villages traversés les fontaines étaient aussi rares que la pluie dans le désert. Les sources aussi inaccessibles que des coffres-forts. Donc direction le Puy de Dôme, au pied duquel nous avons trouvé le GR4 que nous avons suivi une bonne partie de cette randonnée..

Les paysages étant vraiment particuliers d'une terre riche et humide. Les volcans vus du sol sont plutôt perçus comme une suite de collines. Le temps était passé du beau à l'averse plusieurs fois de suite. Deuxième soir, premier gîte, Phialeix, prés du lac d'Aydat gîte rustique et économique 15 F./nuitée (nous sommes en 1993) sauf défaut de mémoire, un dortoir commun et très correct tous comptes faits..

Troisième jour, direction le Sancy Succession de crêtes ici le GR passe par les sommets. A un col ( station de ski l'hiver) après avoir redescendu donc, n'ayant plus d'eau nous tentons notre chance dans une gargote le demi-litre d'eau bouteille est à 12 F. Par principe nous gardons notre soif et continuons. La pluie menace et une marée de brume se lève. Il faut perdre de l'altitude pour en sortir. Le temps nous oblige donc à nous rabattre sur le Montdore nous en profitons pour quelques jours de tourisme. L'étape à l'hôtel le Progrés est exemplaire de quiétude - à recommander. Nous visitons donc La Bourboule et le Montdore villes thermales et leurs environs..

Sixième jour nous repartons Puy de Sancy et parcours par les lacs. La marche entre deux rangés de barbelés est parfois frustrante, mais au moins nous sommes protégés des humeurs des vaches et taureaux. Le temps s'est vraiment amélioré nous bivouaquons prés du lac de Montcineyre. Nous rangeons la tente et nous repartons le lendemain, à peine en route, nous sommes coursés par une vache. Apparemment elle ne nous appréciait plus sur son territoire. Des paysages de forêts à ceux des champs en activités de moissons l'auvergne s'est ainsi déroulé sous nos pas. Les chemins très peu fréquentés, quelques épiceries bien approvisionnées où nous n'avons pas pu trouver de lait de pays- alors que nous devions souvent nous frayer un chemin à travers vaches..

Egliseneuve d'Entraigues avec son lac aménagé pour la baignade - appréciable en fin d'étape, Condat, les étapes se sont succédés, tantôt pluie, tantôt soleil. Nous avons finalement fini notre route à la gare de Neussarges-Moissac..

C'est une région à voir même si les attitudes touristiques ne semblent pas avoir imprégnés la plupart des intervenants. Par exemple au bord d'un lac touristique, un restaurant -buvette où nous nous étions arrêtés pour boire une bière a carrément refuser de remplir nos gourdes. Nous renvoyant à un robinet de service prés du sol dans les toilettes. Autrement les prix que nous avons constaté dans les gîtes était raisonnables. Quelques établissements et quelques personnes se sont montrés à la hauteur de la poésie de ce regretté Brassens.

Allez en auvergne et voyez par vous-mêmes, c'est une terre de contrastes, climatiques et humains, remarquable..

Juillet 1993

fait le 20/09/00


  Entre Hautes-Alpes et Alpes de Haute Provence:
De : A. Guirado
Publié le : 16/06/2001

Sisteron Voir les paysages

Cette étape à Sisteron avait été agréable. Logés dans un hôtel (aujourd'hui repris) au prix d'un gîte d'étape, nous avions goûté à la douceur de vivre de cette ville. Bain dans l'eau de la Durance purifiée. L'aménagement municipal nous faisant même apprécier gratuitement les plaisir de la plage en Haute Provence.

Trêve de gastronomie il nous fallait reprendre le sentier. GR4 direction Digne, il fait déjà bon au petit matin, ça promet. Nous montons au-dessus de Sisteron et après un dernier regard sur la citadelle nous nous enfonçons dans les terres. La vallée dans laquelle nous sommes doit être un amplificateur de chaleur. Nous parlons peu pour économiser notre salive et notre eau.

A Midi la chaleur est infernale. A cet endroit le sentier à été effacé, après plusieurs fausses pistes, nous le retrouvons. Une sieste bien méritée à l'ombre de quelques frondaisons nous aide à passer le plus chaud. Arrivés au hameau de Sorine une source fraîche jaillit d'un muret. Nous ne savons pas si elle est potable aussi nous nous contentons de nous rafraîchir.

A part nous il n'y a personne sauf quelques insectes perdus sous le soleil de plomb. Les paysages sont magnifiques. La région se présente tantôt comme la Provence attendue, tantôt comme les grands espaces des westerns de notre enfance. Et le soleil, bénéfique, constamment présent nous nimbe de sa ouate de silence. En arrière fond, les cigales et grillons qui se taisent à notre approche immédiate.

Nous faisons étape à Saint-Geniez qui vient d'ouvrir un gîte d'étape. Le silence est total. Nous sommes vraiment au cœur de la Provence.

Le lendemain nous repartons. Autres paysages, champs de lavandes après forêts, quelle chance nous avons. Les gourdes se vident et heureusement à proximité des Bellets une source arrive à point pour les remplir. Halte au sommet du Corbeau. Nous sommes survolés silencieusement par les planeurs. Nous décidons d'allonger l'étape, et , au lieu d'obliquer vers Melan, nous continuons vers Thoard. Des beautés encore et encore.

En fin d'après-midi nous sommes à cours d'eau. en contemplant la vallée nous apercevons Thoard au loin, perdu dans les vagues de chaleur. Nous descendons et bientôt la route remplace le sentier. A certains endroits, les semelles marquent leurs empreintes dans le bitume fondu. Thoard, le village, dernière montée et la fontaine apparaît peu à peu comme pour une mise en scène. L'eau est glacée, un moment digne d'être vécu.

Après le repos sur la place provençale, arrivé au gîte de Thoard. Nous découvrons un des meilleurs gîtes que l'on est connu, quasiment une maison de campagne.

L' étape s'est prolongée dans ce super gîte, mais nous reprenons finalement la route. Nous passons le col de la Croix et descendons sur Digne. Nous arrivons dans une forêt, une tempête, deux ans avant, en à détruit une partie et le sentier avec. Nous progressons à l'estime, en improvisant un concours de contorsions (obligés). Enfin on débouche à découvert mais, désenchantement, ici les mouches se comptent par milliards, impossible de s'arrêter pour manger. Nous arrivons à proximité du pylône des télécoms et la descente restante est presque du repos.

La chaleur nous accompagne toujours mais maintenant, c'est une amie. Après avoir accumulé autant de cette chaleur spéciale, il en reste toujours un peu au fond de soi. Et l'on peut s'en rappeler même par les jours de froid.

Voilà l'héritage que nos a laissé cette randonnée en Provence.

StGenies Juillet 1994

fait le 16/10/00


  De Villefort à Millau à la croisée des traces de Stevenson.
De : A. Guirado
Publié le : 31/10/2001

Cévennes Voir les paysages

Eté 1995 un millésime inoubliable en matière de chaleur et de beau temps.
Nous sommes arrivés par train à Villefort en ce début juillet la nuit tombée. Un déluge nous y a accueilli, mais, après une très chaude journée, il était plutôt bienvenu.
Le chef de gare nous propose, vu l'heure tardive et la pluie cascadant, de nous abriter sous la marquise pour la nuit. Exceptionnel ! Du jamais vu, de la SNCF comme ça on en redemande.
Nous déclinons quand même poliment et après une errance nocturne dans un Villefort pluvieux, nous atteignons enfin le gîte d'étape au sommet d'une colline.

Il reste juste assez de place pour nous et nous apprécions, en nous faufilant pour ne pas réveiller les randonneurs dormants.

Le lendemain matin départ assez tôt, le ciel se dégage et la terre exhale ses effluves. Nous redescendons sur Villefort pour le plein de spécialités, car, vu la carte et les distances entre bourg, nous préférons faire des provisions de bouche.

Et nous partons enfin, direction ouest sud-ouest, qui sera celle générale de cette randonnée. Le paysage commence fort sous le soleil timide. Au début nous traversons des forêts entrecoupées de champs de genêts en escaladant le Mont Lozère.
Heureusement, les spécialités que nous extrayons de nos sacs nous donnent du cœur au ventre. Pain à la châtaigne, fougasse aux grattons, etc…Le pays de l'extérieur rejoint à l'intérieur celui que nous avalons avec gourmandise. Nous entrons en harmonie avec cette région authentique et forte. A tel point que nous devons repartir pour ne pas prendre racine.

Notre trajet nous fait passer aux sources du Tarn et enfin nous arrivons au Mas de la Barque, fin de l'étape de ce jour. Cuisine régionale et sommeil bien mérité. Cet endroit est vraiment un rendez-vous de randonneurs, à pied ou à cheval. D'ailleurs nous ne partons pas sans dire au revoir aux chevaux. Parmi eux, un, plus sympathique, se démarque en hochant vigoureusement la tête, dans l'attente de ce contact éphémère.

Nous reprenons les sentiers donc et le temps est maintenant digne des plus beaux étés. A la descente du Mont Lozère nous apercevons au loin la barre rocheuse du Causse Méjean que nous ne connaissons pas encore. Entre les deux nous admirons des vallées et des collines, les Cévennes dans leur majesté. Le relief est agréable et les kilomètres avalés sont autant de merveilles de paysages. Ce pays est vraiment celui de la randonnée.

Nous suivons le GR 72 et, de haltes en siestes, nous arrivons le soir au Pont de Monvert, juste avant un orage. Là nous prenons contact avec le souvenir de Stevenson, qui, jusque là, n'était pour nous qu'un nom dans les bibliothèques. Chez le traiteur nous faisons une "razzia" sur les produits régionaux, avant de la faire sur les sentiers selon une habitante perspicace.

Chargés comme Modestine, l'ânesse de Stevenson, nous arrivons au gîte qui fait honneur à cet écrivain randonneur, et qui est construit au-dessus du sentier qui porte son nom en jouxtant un musée. Après la douche réparatrice et l'étalage sur les grandes tables de tous nos trésors culinaires, nous nous attablons pour un repas gargantuesque.

La pluie et l'appétit redoublant nous avons même eu la surprise d'une apparition au milieu du repas. C'était un anglais âgé avec un bâton de marche et un équipement suranné dégoulinant de pluie. Nous avons cru à un moment donné au retour de Stevenson. Mais non, simplement un passionné de marche comme nous, qui, avec sa compagne en était au dixième jour de marche.

Le calme de ce gîte était quelque chose d'exceptionnel et nous a été réparateur cette nuit-là.

Lendemain, départ au lever du soleil, nous suivons quelque temps le sentier Stevenson. Avec, au début, la traversée du pont historique de Pont de Montvert. Le chemin muletier remonte à l'assaut d'une colline plateau. Ce matin est couleur or avec une lumière inoubliable. Difficile d'en capter les nuances avec notre Minox. Mais les souvenirs durent quelquefois plus que les impressions photo. Et cette étape nous en a offert de nombreux. Les bâtisses que nous rencontrons sont toutes bâties avec et comme la pierre cévenol grise et robuste. Les hivers sont probablement plus rudes ici qu'en ville.

Nous arrivons le soir à Florac, plus petite sous-préfecture de France. Étonnante Lozère ou la densité de population est celle des Etats-Unis. Mais ce village-ville est bien français. Et, comme dans la région tout entière, les noms de lieu évoquent les guerres de religion et la révolution. Nous allons rester deux jours à Florac. Le temps de tester les traiteurs, bouchers, boulangers et autres magasins de bouche, ainsi que les deux gîtes, notre préférence allant à celui de la rue du pêcher, ancien presbytère. Ce gîte privé, dont les propriétaires sont d'authentiques randonneurs, nous a conquis. Son architecture d'abord, ancien cloître religieux, avec jardin intérieur, le lieu est propice au recueillement et au repos. L'accueil ensuite, avec les discussions en soirée, en compagnie des patrons. Les débats ici, volent plus haut que le nid de coucou habituel.

Nous quittons Florac à regret, mais reprenons le sentier avec plaisir. Après la grimpée sur le Causse Méjean, nous en commençons le tour au-dessus des gorges du Tarn. De la haut le spectacle est grandiose. Le ruban d'argent de la rivière se déroule loin sous nos pieds bordé de villages: Quézac, Ispagnac, Prades. A midi la chaleur est vraiment intense et ici il faut économiser son eau. Nous choisissons l'ombre d'un bosquet de grands arbres pour cette sieste estivale.

Le silence est total. Sous ce soleil tenace, rien ne bouge. Soudain apparaissant de nulle part surgit une procession sur ce plateau désert, hors de tout. Plutôt une marche en groupe qu'une véritable procession citadine. Mais les étendards religieux sont là, tenus à bout de bras par une jeunesse en tenue de randonnée.
Le défilé dure plusieurs minutes, par groupe épars, qui portant un drapeau ou une statuette. L'impression est inoubliable, insolite. Nous nous adressons des signes de reconnaissance, car nous appartenons malgré tout à la famille des marcheurs. Puis le dernier passe, la poussière blanche retombe pesamment sous le soleil et le silence total reprend possession du lieu.
Cela est-il vraiment arrivé ?

A proximité de Sainte-Enimie nous obliquons plein sud, et traversons le causse par son milieu. L'intérieur du plateau est plus étouffant que la bordure. Nous marchons écrasés de chaleur. Super la randonnée ! Ces souvenirs ne sont pas prés de s'oublier.

En fin d'après-midi nous arrivons à Nivoliers le seul gîte répertorié à l'intérieur des terres.
Nous partageons l'unique dortoir en forme de voûte avec un groupe de six personnes, et, sous les attaques de mouches, nous transformons le gîte en camp retranché anti-drosophiles. Et nous tous en bronzées de la randonnée, chassants les insectes rentrants à chacune des sortis de l'un d'entres-nous. En citant la phrase de l'un des occupants il nous fallait choisir entre la macération dans notre transpirante chaleur et la cohabitation avec des centaines de mouche. Après l'essai de l'impossible cohabitation nous préférons de loin la première solution, armés de serviettes pour exterminer les mouches déjà en place.

Lendemain, l'étape est un peu plus longue. Départ de bonne heure donc. A cette heure la marche est agréable et les kilomètres sont avalés. Notre direction première est le col de Perjuret, puis, au bord du causse nous prenons celle de Meyrueis. Ce paysage nous est maintenant familier. Il s'apparente aux grands espaces de nos westerns d'enfance.

Nous croisons quelques rapaces qui sont réimplanter dans cette région, et l'impression est totale. Inconsciemment nous accélérons le pas, des fois que l'on finisse mort de soif sous le bec des vautours, comme dans les films.
Et Meyrueis nous apparaît, niché entre trois causses. Nous y arrivons en fin d'après-midi et les chambres d'hôtel étant toutes occupées pour cause de course cycliste, nous arrivons à trouver une place dans un gîte de la région.

La patronne du gîte d'étape est sympathique, mais le patron lui, semble prendre la tenue du gîte comme une peine de travaux d'intérêt général. On se demande même combien il lui reste à tirer. Il préfère probablement son métier d'agriculteur. D'accord, mais pourquoi tient-il un gîte ?. Peut-être que lors de l'attribution des subventions pour son gîte il aurait dû réagir de cette manière.

Notre projet est de rester pour deux jours de repos et de tourisme. Le soir, après les courses d'usage, nous nous attablons en terrasse pour profiter du repas et de la soirée. Les regards noirs, que nous envoi le propriétaire terrien du gîte, nous étonnent d'abord et nous font bien rire ensuite. Il doit penser, que profiter d'une belle soirée n'est pas pour les randonneurs. Trop nul vraiment, enfin…

Lendemain jour de tourisme prévu. A 10 H 05 sacs pour la journée bouclés nous finissons de consulter la carte (en terrasse). Il faut préciser que sur le règlement affiché, il ne faut pas rester au gîte entre 10 et 17 heures. Le cerbère maniaque nous pique une colère toute rouge comme quoi il ne faut pas rester après l'heure et tout et tout. Parole, c'est vrai, incroyable. Tellement fâché le monsieur qu'il en tamponne sa voiture neuve en la déplaçant dans un accès de colère. Le plus étonnant c'est qu'une occupante du gîte avait, elle, la possibilité de rester la journée pour bronzer.
Nous décidons d'écourter le séjour à une journée sur les deux prévues.

Enfin pour le moment un peu du tourisme nous fera du bien. Nous visitons Meyrueis et sa région. Journée de relax donc, le soir après un dernier repas pantagruélique, nous décidons de tenter une grande traversé le lendemain, soit de Meyrueis à Millau, une distance de cinquante kilomètres environ.
Pari est fait et nous partons nous reposer.

Départ 4 H 30 le matin. Tout est silencieux. Les sacs sont préparés de la veille et nous les bouclons à la lampe torche. Dehors nous n'avons pas peur de faire du bruit, réveiller le gardien de cette caserne déguisée ne nous inquiète pas. L'aube apparaît timide éclairant juste assez pour éclairer le sentier escaladant le Causse Noir.

Cette étape, si nous la menons à son terme, est longue de trois étapes. Aussi profitons-nous de la fraîche pour faire du kilomètre.
Arrivés sur le plateau, nous nous retournons une dernière fois pour admirer Meyrueis encore endormie au creux de ses trois vallées. Nous regretterons sa douceur de vivre.

Et en avant sur le Causse Noir, dont la diversité ne tardera pas à nous apparaître.
De haltes en casse-croûte, les hameaux et les villages se succèdent. La végétation change et évolue au long des kilomètres. Elle est d'ailleurs accompagnée en cela par l'architecture. Des maisons cévenoles entourées de plateaux secs, nous passons aux fermes du Midi au milieu de végétation luxuriante. Plus tard, en Aveyron, nous trouverons des villas méditerranéennes dans un quasi paysage varois. Pour le moment nous avançons dans ce condensé de la France.

Les fontaines, ici, ne fleurissent pas dans les hameaux. Et en panne d'eau nous devons attendre Saint André de Vézines et son unique et bienheureuse fontaine pour étancher provisoirement notre soif et remplir nos gourdes. Car cette journée est gravement chaude.

Nous commençons à compter les kilomètres restant jusqu'à Millau. Reste 25 Km déjà 25 Km parcouru. Et nous avançons.

Au chaos de Montpellier le Vieux nous ressentons les effets de la distance et la fatigue. Nous comprenons que ce test est impartial pour mesurer la résistance des hommes et l'adaptation de l'équipement.
Les premiers bobos apparaissent et nous les soignons au fur et à mesure. Echauffements dus aux chaussures, aux vêtements, aux sacs, chaque couture, chaque aspérité peu devenir un instrument tranchant.
Ce que nous voyons maintenant est filtré par la soif, la fatigue, les muscles douloureux et autres blessures. Nous voyons d'ailleurs un chaos rocheux. Mais c'est normal à cet endroit, c'est la particularité de ce site touristique éloigné de tout.
Halte, repos sieste reste 17 Km . Apparemment, comme nous sommes partis, difficile d'y arriver. Il doit bien passer des bus ici à Montpellier le Vieux pour les visiteurs du site ou pour les randonneurs en perdition ?

Et puis cela fuse. Qui a commencé ? On ne sait pas. - T'es pas chiche d'arriver à Millau. - T'es pas chiche toi-même. Et ça repart.

Heureusement, maintenant la carte n'annonce que du plat jusqu'à la descente sur Millau. Nous avançons.

Reste 10 Km, plus une goutte d'eau. Tant pis on verra plus tard.
La soirée arrive et le ciel prend une belle couleur bleu turquoise, lorsque nous débouchons d'une forêt, au-dessus de Millau. Moment magique, attendu depuis 16 heures et trente minutes. La ville est à nos pieds. Au-dessus de la montagne voisine, à main droite, évoluent des parapentes silencieusement. Nous avons conscience que nous voyons un spectacle exceptionnel, car nous connaissons le projet d'autoroute et de pont gigantesque entre deux causses, traversant cette vallée de part en part.
Nous sommes conscients de vivre les dernières années de ce spectacle grandiose qu'offre la plaine de Millau, vu des Causses.

Et nous redescendons vers la ville à l'allure que le permettent nos jambes douloureuses. Nous ne comptons plus les kilomètres, mais le temps restant avant la nuit noire. La nuit tombe et nous trébuchons sur les premières aspérités goudron.

Arrivé sur le plat de la vallée une grande lassitude nous envahi. Mais une grande joie aussi, celle de nous être dépassé à notre niveau.
Une station service, nous nous précipitons dans le magasin. Des perriers frais nous y attendent. Quand nous expliquons au gérant que nous venons à pied depuis Meyrueis, ce dernier, surpris, n'a pas l'air de croire cela possible, sous le soleil qui a écrasé cette journée. Nous le laissons à sa stupeur et sortant avaler notre eau.
Ce qui est fait dix secondes plus tard.

Nous traversons un pont, nos pas font 50 cm au maximum maintenant.
Nous arrivons comme ça au centre-ville. Encore un effort, et enfin une pizzeria encore ouverte à 22 H. 30 nous arrête. Nous posons nos sacs et nos séants. Voilà, nous avons marché 18 heures ! Pari tenu, mais dans quel état….
Nous mangeons ce qu'il y a, soit de la pizza, et ingurgitons des litres d'eau. Nous sommes des chameaux et nous devons nous refaire la bosse. Et puis la soirée s'est transformée en nuit. Trop tard pour l'hôtel. Nous passons une partie de cette nuit aux terrasses à siroter bière et eau.

Et enfin, en attendant l'aube et les trains au départ, la gare de Millau et ses bancs de bon bois, nous offre un havre de paix et de repos. Nous nous y endormons du sommeil des justes en enfouissant nos souvenirs dans l'attente que cette plume leur redonne vie.

Merci aux Cévennes, aux Causses et à leurs habitants, pour ce merveilleux été 1995.


  Entrevaux - Grasse. Entre les gouttes.
De : A. Guirado
Publié le : 11/10/2003

Fin avril 2002, l'entre deux tours pour les élections présidentielles bat son plein en France. C'est le moment que nous choisissons faire la traversée Nord-Sud d'Entrevaux à Grasse. Le temps est "incertainement" pluvieux et un peu frais pour la saison mais la fièvre du départ réchauffe l'ambiance. Le "Train des Pignes" nous amène jusqu'à Entrevaux. De bon matin le village est désert excepté une boutique de pain d'épices qui, au goûter de ses produits incomparables, garni nos sacs de deux kilos d'énergie pure. Une halte obligatoire au petit café et nous commençons l'ascension de la montagne de Gourdan.

Le temps gris nous avantage en masquant le soleil et la progression est agréable malgré le dénivelé. Le col est vite dépassé et nous quittons le GR pour emprunter un trajet personnalisé. Cette vallée à l'écart est douce et reposante, malgré les kilomètres avalés. Les lieus dit se succèdent, les Tuves, la Bâtie Neuve.
Au village de Castellet - Saint Cassien les panneaux électoraux proclamant un avenir radieux, le contraste est saisissant ici.. Nous y rencontrons un couple pique-niquant, l'endroit est propice, nous nous installons un banc plus loin et la collation avançant nous échangeons des adresses de produits : Pain d'épices contre pain complet. L'heure avance et nous repartons vaillants. Le col du Buis est franchi par la route déserte sous les averses intermittentes.

Briançonet. Halte au café et discussion avec le patron sur la région. Le temps passe, les demis sont consommés, il est temps.

Les averses sont plus fréquentes. Nous passons par le col de l'Escoussier. Il est dix-sept heures passé et la luminosité baisse. Mais la vue depuis le col est telle que l'heure et les kilomètres sont effacés (provisoirement) et nous redescendons vers Saint Auban par le Défens. Un gîte doit être là, normalement.
Le village est niché entre deux falaises dans une vallée époustouflante de calme. Une montgolfière majestueuse vient souligner le silence et le calme d'une soirée devenant estivale le temps de notre passage. Une autre préoccupation plus prosaïque vient nous sortir de notre contemplation. Il nous faut trouver la station balnéaire où doit se trouver le gîte d'étape. Mais arrivé sur le site, la vue de cette station déserte nous fait douter d'avoir un abri pour le soir. Il faut dire que pour rester légers et mobile nous n'avons pas emporté de tente, et que le temps redeviens pluvieux en soirée.

Dans ce désert, vestige d'étés heureux, nous trouvons une cabine téléphonique. Et elle fonctionne ! Nous arrivons enfin à avoir le responsable du gîte, qui miraculeusement va venir l'ouvrir spécialement pour nous malgré l'heure tardive. Il est presque vingt heures.
Nous trouvons l'endroit avec les explications téléphoniques, et, après une petite attente passée à apprivoiser les deux chiens du gîte, les clefs arrivent enfin accompagnés du responsable. Douche, relax, rigolade, repas et le sommeil nous rattrape à l'étude des cartes pour le lendemain.

Debout à six heures trente. Nous sommes chauds le lendemain. Un chat nous accompagne les premières centaines de mètres et après, il nous laisse nous débrouiller tout seuls. Nous passons par Brunet, des biches sont dérangées par les deux randonneurs matinaux que nous sommes. Sans hésitation elles nous laissent la route. Quel calme, trop bon.
Nous arrivons dans la vallée où coule tranquille le ruisseau de la Faye, à l'écart de tout, entre les montagnes de Charamel et de Thorenc les chants des oiseaux sont ponctués par un aboiement solitaire. Il ne semble pourtant pas que les quelques bâtisses soient occupées. Nous continuons, il faut passer maintenant le col de Bleine, et redescendre ensuite sur la station de Thorenc, déserte, elle aussi, mais disséminé à pente de colline. Le temps s'est gâté depuis le matin, maintenant il pleut averse et la température est tombée de quelques degrés. Dans cet endroit déserté, et sur les conseilles du jeune cantonnier aussi esseulé que nous et amoureux de son village, nous atteignons un hôtel café, le seul endroit de vie à des kilomètres à la ronde.
Le chocolat chaud est un luxe inespéré et la question se pose : Attendre le beau temps en prenant une chambre ou foncer sous la pluie.
Une heure se passe. Nous faisons provision de ce que nous pouvons, des œufs bio à l'étalage font notre bonheur en emplissant nos sacs. Et nous enfilons nos ponchos, requinqués. En route sous la pluie battante, direction le plateau de Caussol.
Il pleut averse mais nous avançons, vaillants. Le fond de la vallée passée nous montons sur les contreforts du plateau de Calern. Les accalmies succèdent aux averses. Enlever le poncho, remettre le poncho. Et les kilomètres s'accumulent. Nous longeons le Calern en direction de Saint Vallier.
La route que nous suivons n'est pas fréquentée, heureusement. Arrivés au col de la Sine, la pluie reprend de plus belle, mais avec en prime un coup de froid. Du début mai, nous revenons en quelques minutes en plein hiver. La route descend doucement. La pluie elle tombe lourdement, au point que la visibilité commence à se réduire. Une question se pose sous le déluge : prendre le chemin établi vers Grasse par le Caussol ou se rabattre sur Saint Vallier plus proche.
A proximité de l'embouchure qui monte sur le plateau ou descend sur Saint Vallier une ferme vend des fromages de chèvre fait sur place. Sous le déluge nous nous approchons de l'habitation qui de toute manière à l'air déserte. Décidément, ça devient une habitude dans cette randonnée, les lieux et habitations désertés. Cinq minutes se passent, il pleut à tel point que nous n'y voyons pas à dix mètres.
Sur le point d'abandonner les fromages, une voiture arrive. La fermière ramène ses enfants de l'école. Après un échange de politesse, elle se fait un plaisir de nous vendre de bons fromages de chèvres malgré nos vêtements dégoulinants. Sitôt approvisionnés, nous repartons sous l'eau du ciel. Après environs trois minutes de marche, affamés comme nous sommes, nous dévorons les fromages en marchant sous la pluie, sans pain. Mais qu'ils étaient bons ! Les forces se transfèrent des laitances à nos veines et le deuxième souffle nous permet de choisir le Caussol plus bas à l'embranchement. La pluie s'est un peu calmée et le plateau est vite atteint. Ce qui nous permet de progresser sur le plat.

Arrivés en vu de la minuscule commune de Caussol, la pluie reprend, mais cette fois-ci avec des proportions de déluge biblique. La tentative de rallier Grasse est vouée à l'échec. La température est en chute libre à 12° et, la brume se mêlant à la pluie nous ne voyons pas à deux mètres. Impossible d'avancer. L'unique auberge du plateau est fermée. Nous nous réfugions sous le auvent de la mairie.
Plus loin les derniers élèves de l’école sont évacués après leur journée scolaire. Nous allons aux renseignements et une institutrice nous indique une possibilité de chambre d’hôte. La décision est vite prise et nous partons à la recherche de cette oasis improbable.

Après de longues recherches à l’aveuglette le soir tombant nous suivons une route qui, paraissant éloignée, n’est en fait qu’à deux cents mètres de l’école, mais le déluge dans la brume rend toutes les choses différentes.
Dans le champ cultivé sur notre droite, des étais en forme de croix émergent de la brume. Notre champ de vision est limité à quinze mètres, et, à part ces croix fantomatiques et le bout de route devant nous, nous ne voyons que du blanc.
Brrrrrrrr…
Puis, peu à peu devant nous émerge un bâtiment. C'est d'ailleurs la fin de ce chemin goudronné. Nous nous enhardissons, rassurés par le panneau que nous venons de déchiffrer : Gîte de France. Une porte, nous sonnons. Un homme vient ouvrir à qui nous expliquons notre détresse de deux randonneurs trempés à dix kilomètres du prochain abri et surpris par la nuit tempétueuse. Et, miracle, notre hôte tient bien un gîte rural. Oui il veut bien nous louer une chambre, et cinq minutes après nous sommes dans une intérieur coquet, au sec à regarder la pluie par la porte fenêtre.
Cet abri providentiel rendit cette étape mémorable. La douche prise avec délectation, nous ne perdons pas de temps et, les draps propres en guise de somnifère, en regardant le déluge dehors à quelques mètres, nous plongeons dans le sommeil du juste jusqu'au lendemain matin.

Sept heures, harnachés, parés nous sortons silencieusement de la maison gîte endormie. Si le ciel est couvert, il ne pleut pas. C'est déjà une bonne chose. Et le temps va garder cette incertitude positive jusqu'à Grasse quatre heures plus tard et sept cents mètres plus bas. Pour le moment nous traversons le plateau de Caussol, et toutes les résidences secondaires, ou bien de villégiature, semblent aussi abandonnées qu'après une fin du monde. En traversant ce lieu avec cette ambiance nous revoyons les images du centre de vacances de St Auban, traversé deux jours plus tôt. Avec toujours cette impression d'être les deux derniers survivant de la région.

Et puis les kilomètres passent, nous arrivons au bord du plateau. Il y à quelques mètres de dénivelés pour arriver au col du Clapier, mais de là-haut quelle vue ! A nos pieds le plateau de Caussol, plus loin celui de Calern, avec au bord de la barre rocheuse, les constructions en dômes de l'observatoire du CERGA. Quel endroit magnifique pour observer les étoiles ! Les deux pieds dans cette bonne terre de Provence.
A voir sous nos pieds ce plateau sous le ciel gris, avec des troués de soleil suffisantes pour faire flamboyer les couleurs de loin en loin, on se dit que l'on à vraiment de la chance de se trouver en ce lieu. Les trois jours de pluie sont oubliés, ainsi que le temps menaçant.
Nous arrivons au col du Clapier et le temps est vraiment gris avec un plafond très bas. L'endroit est magnifique. Au nord les plateaux et au sud on devrait voir le mer avec le pays grassois en avant plan, mais une mer de brume remplace se paysage. Nous décidons d'y plonger.
La descente est raide et nous bénissons le ciel de ne pas pleuvoir, car le sentier, la plupart du temps doit servir d'écoulement d'eau pluviale. Il est complètement crevassé et il doit être impossible d'y progresser par des pluies comme celle de la veille. Heureusement tout se passe bien et de champs cultivés en endroits désolés habités seulement d'oiseaux curieux, nous arrivons enfin, épuisés à Grasse. La mer de brume maintenant au-dessus de nous, nous atteignons la MJC, et, après un passage délicat, rasés par les voitures, nous pénétrons en sécurité au cœur de la cité des parfums.
Bien sur la halte en terrasse nous attend avec pains au chocolat et croissants. Mais déjà en pensée nous revivons cette traversée du département unique sous la pluie.
En attendant la prochaine…


NDA : Bientôt les photos.


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